Morgane Caussarieu- Dans les veines

Mais qu’est-ce que j’en ai marre des vampires à paillettes! Des histoires de gamines qui supportent le prédateur. Qui subissent leurs manies de détraqués, les coups, les morsures, car ils ne peuvent pas s’en empêcher. C’est leur communication à eux, comprenez, mais ça va s’arranger. A force d’insister, de gratter, de rester. Ils vont partir, elles vont courir après. Les rattraper.

Et devenir exactement comme eux.

Calques livides des psychopathes qui ont blessé leur âme jusque dans leur chair.

Bon, je pense que vous l’avez compris, je vomis Twilight son conservatisme crasseux. Je vomis les autres séries qui ont été écrites et surnagent dans son sillage, leurs couvertures rouge et noir frappées d’un torse nu pour appâter le chaland. Et apparemment, je ne suis pas la seule. Aussi m’a-t-on conseillé, -sur le discord de Seraf– un livre de l’autrice Morgane Caussarieu.

J’avais déjà entr’aperçu la Dame à une convention de SF grenobloise. A l’époque, je lui avais acheté un livre qui résultait de ses travaux et sa réflexion sur la figure du vampire en littérature. Aussi, en lisant « Dans les veines », je n’ai pas été surprise de retrouver une cohorte de références aux classiques littéraires et cinématographiques du genre.

L’intrigue a pour théâtre Bordeaux, et commence en même temps qu’une enquête qui patauge autour de meurtres en série. Vous connaissez la musique, une famille de suceurs de sang a décidé que la ville serait son terrain de chasse. Tout aurait continuer à très bien -ou très mal- se passer, et la cité Girondine aurait continué à se vider de ses habitants si Damian, l’archétype du vampire tourmenté et romantique ne s’était pas intéressé à Lily, une pauvre môme brisée.

Et c’est là que tout part en vrille. L’ascendant d’un prédateur en entraînant souvent un autre, Lily va tomber toute crue dans la gueule de Damian.

J’ai lu le livre d’une traite, et une fois refermé, je suis restée seule avec la certitude glacée que cette gosse qui excuse, qui reste et finit par se perdre, ça aurait pu être moi.

J’ai lu ce livre en 2020, dans le sillage de l’affaire Matzneff, et la libération de la parole qui s’en est suivi. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement. Les comportements de prédation, la manipulation, tous ces schémas sont les mêmes que ceux des agresseurs sexuels et des pédo-criminels (car l’amour n’a rien à voir avec ça). Sous leurs dehors sages et érudits, leur apparence de protection, les vampires restent des bêtes dont l’ascendant doit être révélé au grand jour pour se consumer.

« Dans les veines » est un livre que je ne mettrai pas entre toutes les mains, tant il est choquant, glauque et violent. Je vous le déconseille clairement si quoi que ce soit que j’ai évoqué ici vous met mal à l’aise.

Pour les autres, qui au fond de la salle en ont marre qu’on idéalise des relations toxiques, et qui voudraient une vraie bonne histoire de vampires, foncez, vous ne serez pas en reste.

Une chose est sûre: je lirai le reste de l’œuvre de Morgane Caussarieu avec plaisir, et probablement aussi un peu de répulsion.

A bientôt!

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